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Les arnaques aux placements financiers continuent de prospérer

Les arnaques aux placements financiers continuent de proliférer sur internet. Un nombre croissant d’épargnants, victimes d’arnaques, se sont tournés ces derniers mois vers l’AMF, l’Autorité des marchés financiers. Cette dernière, mais aussi les professionnels du secteur ont ainsi mis en garde contre des techniques d’investissements frauduleuses de plus en plus sophistiquées. Même des investisseurs aguerris s’y font prendre. Selon le gendarme boursier, le montant estimé du préjudice lié aux arnaques financières se serait monté entre 2017 et 2019 à un milliard d’euros. Le confinement en 2020 aurait encore accentué les choses. La vigilance est donc plus que jamais de rigueur.

Des discours très séduisants

En la matière, il est certain que l’imagination et l’inventivité déployées pour mettre en place les arnaques ne connaît plus de limites. Ils surfent sur les modes et les tendances pour réussir à capter l’attention des particuliers. Les escrocs en tout genre ont compris avant tout le monde que, faute de pouvoir consommer du fait des confinements, les particuliers allaient accumuler une épargne dont ils comptent bien s’emparer. Leurs arguments font souvent mouche. Les discours bien rodés qui peuvent s’appliquer à l’infini à tous les types d’arnaques. Ils évoquent les taux d’intérêts trop bas qui ne permettent plus de faire fructifier les économies des Français. Avec une épargne réglementée dont les taux d’intérêt ne dépassent pas 0,5%, ce type d’arguments séduit. Graphiques à l’appui, les rendements sont présentés comme étant sûrs, 6%, 8% parfois plus.

Usurpation d’identité

L’Autorité des marchés financiers et les associations de professionnels du secteur de la gestion d’actifs et de patrimoine lancé début mars un appel commun à la plus grande vigilance des épargnants face à l’utilisation frauduleuse, de plus en plus fréquente, du nom d’intermédiaires ou de produits financiers autorisés, à des fins d’escroqueries. Il s’agit ici de propositions d’investissement frauduleuses usurpant le nom, l’adresse, le logo et/ou le numéro d’agrément d’acteurs autorisés. Les usurpations permettaient de vendre tout type de placements, des SCPI, à l’investissement parking.

L’an dernier, l’autorité a constaté un fort accroissement du nombre de signalements d’épargnants victimes d’arnaques financières liées à des usurpations, au point de représenter 44 % des montants déclarés perdus par les épargnants en 2020 auprès de la plateforme AMF Epargne Info Service. Le préjudice moyen déclaré par ces épargnants s’élève à environ 45.000 euros. Des acteurs reconnus voient leur nom et leur logo détournés. Le temps d’agir, le mal est fait et des milliers d’épargnants croyant travailler avec des intermédiaires reconnus et fiables, voient leurs économies disparaître.

Le phénomène des usurpations d’identité de professionnels dans le secteur financier, n’est pas nouveau. Mais il s’est sophistiqué et fortement développé, touchant des sociétés de gestion d’actifs, françaises ou européennes, des conseillers en investissement financiers ou en gestion de patrimoine, ou encore des produits d’investissement. Tout est reproduit à l’identique pour tromper le particulier : même site internet, même numéro d’agrément ou d’autorisation. Les adresses internet sont reproduites pratiquement à l’identique, avec juste une infime différence comme un tiret ou une lettre en plus. C’est suffisant pour réussir à piéger les plus prudents.

Arnaques Forex

Il y a quelques années, une large proportion des affaires soumises à l’AMF concernait le secteur du Forex. En contactant des particuliers qui n’avaient aucune expérience en la matière, des sociétés leur faisaient miroiter des gains mirobolants en tradant sur le marché des changes. Ils seront nombreux à perdre toutes leurs économies se chiffrant parfois à des centaines de milliers d’euros en investissant via des plateformes domiciliées hors d’Europe. L’AMF en France et son équivalent européen l’Esma ont œuvré pour assainir le secteur en établissant des règles strictes et en établissant des « listes noires » de plateformes à ne pas fréquenter. La mise en place d’une régulation plus stricte a permis de « faire le ménage » et d’interdire à certaines entreprises d’œuvrer en France. Certains produit ont été interdits aux non-professionnels, comme par exemple les options binaires ou encore l’utilisation au-delà d’une certaine limite des effets de levier. Néanmoins, chaque année, le Forex continue de faire perdre à de l’argent à des milliers d’épargnants, attirés dans les filets d’entreprises peu scrupuleuses établies hors de l’espace européen et donc le plus souvent hors de porté pour les juridictions françaises.

Les diamants et pierres précieuses

L’investissement diamant a eu sont heure de gloire dans les années 2012-2017. Si les plaintes se font aujourd’hui plus rares, il y a quelques années, elles se multipliaient à l’AMF. L’épargnant était invité à acheter des diamants, un actif présenté comme tangible, une valeur refuge qui ne risquait pas de perdre sa valeur. Deux cas de figure dans ce type d’arnaques : le diamant n’existe pas et l’entreprise disparaît au bout de quelques mois. Autre variante : la société propose de revendre les diamants pour le compte du client après quelques temps, afin d’en tirer les plus-values, puis actant l’absence d’acheteur (présenté comme une certitude auparavant), le diamant est renvoyé à l’investisseur, qui se rend alors compte que son diamant acheté 5000 euros ne dépasse pas en réalité la valeur de 2000 euros.

Les cryptomonnaies

L’Autorité des marchés financiers (AMF) a placé ces dernières années sur sa liste noire de très nombreux sites promettant des rendements gigantesques pour des placements en cryptomonnaies, qui dissimulent en fait des escroqueries. Comme toujours, les escrocs profitent de l’incroyable l’intérêt suscité par la montée en puissance de cette nouvelle classe d’actif. Ils vous invitent à acheter du Bitcoin, de l’Ethereum ou autre crypto-actifs. Votre investissement est promis à voir sa valeur se multiplier comme des petits pains. Une fois votre investissement fait, votre argent disparaît dans le méandre de compte passant souvent par l’Europe l’Est ou l’Asie. Variante à l’arnaque aux cryptomonnaies, celle des fermes de minage. Vous n’achetez plus de la cryptomonnaies, vous participez à sa création, à son minage, via l’achat ou la location de super ordinateurs. Pour chaque bitcoin, chaque ether que vous minez, vous êtes payé. Là encore, le discours est élaboré et rassurant. Investir dans une ferme de minage est plus sûr puisque, quel que soit la variation des cours, vous êtes rétribué. Bien des épargnants se sont laissé prendre à ces discours.

Vache à lait, vin, le terroir creuset des arnaques

Proposer des produits financiers qui sentent bon le terroir, il fallait y penser. Des escrocs se sont ainsi spécialisés dans les vaches à lait, un placement atypique présenté comme une valeur refuge. Le principe : vous financez l’achat d’une ou plusieurs vaches laitières, que la société se charge de louer à des agriculteurs, puis vous récupérez le produit de cette location. Un placement atypique qui offre un rendement « garanti entre 6 et 12 % par an selon les races, bien mieux qu’un Livret A ».

Avec un discours bien rodé, des « conseillers en patrimoine » promettent au client qu’il recevra la moitié des bénéfices des ventes de lait et que la PAC remboursera 30% des investissements s’il investit plus de 8 têtes de bétail. Certains n’hésitent pas à faire appel au patriotisme du pigeon en arguant que grâce à son investissement, il soutient l’agriculture française et aide nos courageux agriculteurs à résister à la concurrence allemande. Mais à défaut de la vache, c’est l’épargnant qui se fait traire. L’arnaque aux cheptels bovins a eu son heure de gloire au printemps 2019, mais plusieurs cas ont encore été reportés à l’AMF l’an passé. Fin avril, elle recensait 70 URL liées aux vaches sur sa liste noire des sites frauduleux, longue de plus de 1.000 références. La vague est passée mais le gendarme continue, régulièrement, de repérer quelques nouveaux sites. Autre arnaques très « terroir », le vin présenté comme un investissement profitable ou encore le whisky. Même schéma pour un même résultat.

Des supermarchés de l’arnaque

Si les arnaques ont tant de facilité pour proliférer, c’est avant tout grâce à une rhétorique commerciale implacable qui peut se décliner à l’identique pour chacune d’entre elles. Jadis, c’était le Forex, puis cela a a été le diamant d’investissement, les cryptomonnaies, les placements vins, les vaches laitières… Il y a un éclatement des thèmes. Seule constante, l’argumentaire commercial, souvent très agressif qui se décline en fonction des produits proposés.

Pour Christine Castanet, directrice des relations avec les épargnants à l’AMF, interrogée dans le journal Le Monde, il existe aujourd’hui un supermarché de l’arnaque : « Les gens contactent les futures victimes et ont plusieurs produits à leur proposer ; ils ajustent leur offre en fonction des informations qu’ils ont sur la victime potentielle et de ce qu’ils parviennent à capter dans l’échange ». « Les victimes ont bien souvent laissé leurs coordonnées sur Internet via des formulaires, après avoir cliqué sur des bannières publicitaires qui viennent s’afficher en fonction du comportement des internautes, ou via des courriels. On voit apparaître des pages qui ne sont pas de vrais sites, et dont le seul objectif est de collecter de la donnée ».

Depuis des années, on a vu une professionnalisation de ce maillon de la chaîne : la production de leads, c’est-à-dire la collecte de contacts, de prospect à démarcher. Des équipes entières d’entreprise de marketing y travaillent. Aujourd’hui, parce qu’ils participent à ces arnaques, le pôle financier de la police judiciaire n’hésitent plus à enquêter sur ces auxiliaires de la fraude.

Coopération des polices

Face à ce fléau, la coopération internationale est indispensable. S’il reste difficile d’enquêter dans certains pays, notamment s’il s’agit de certains pays de l’Est, d’autres font montre de plus de coopération. Mais cela reste néanmoins complexe.
En France, afin de renforcer l’efficacité des enquêtes, la Police nationale et l’Autorité des marchés financiers ont signé en janvier 2021 un protocole de coopération afin de mieux lutter contre les arnaques financières. « Les deux parties pourront désormais échanger des informations nécessaires à l’exercice de leurs missions respectives, dans le cadre du respect du secret de l’enquête ou de l’instruction », précise le communiqué de l’Autorité de régulation. Ils partageront leurs connaissances, afin de mieux identifier les tendances des nouvelles arnaques financières et mener des actions communes de prévention et de sensibilisation auprès du grand public. Cette coopération s’étendra également à la formation des policiers en charge des dépôts de plainte, pour les familiariser au monde des marchés financiers. Cette volonté de travailler ensemble avait été par ailleurs initiée en avril dernier avec la création, à l’initiative du ministère de l’économie et des finances d’une task force nationale anti-arnaques, réunissant tous les intervenants, avec entre autre : la répression des fraudes, la police judiciaires, l’AMF, l’ACPR, la direction de la concurrence, la direction des affaires criminelles ou encore la CNIL. L’objectif de cette task-force : mutualiser les compétences et optimiser l’action de la justice.

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