Accueil Fiscalité & Loi L’épargne des Français sera-t-elle taxée pour financer la reprise?

L’épargne des Français sera-t-elle taxée pour financer la reprise?

L’épargne des Français comme moteur de la relance ? L’idée semble faire son chemin dans la sphère politique. Et pour cause : selon les estimations de la Banque de France, le surplus d’épargne des ménages a été de l’ordre de 130 milliards d’euros en 2020. En 2021, il devrait être encore de 70 milliards d’euros. En deux ans, ce sont donc 200 milliards qui seront soustraits à l’économie et la consommation. « C’est une réserve de croissance significative », a fait valoir récemment le gouverneur de la Banque de France. D’autant que 200 milliards d’euros, c’est également le coût estimé pour les finances publiques françaises de la pandémie pour 2020 et 2021. Au total, les Français ont donc accumulé une somme similaire à celle du trou creusé par le Covid dans les comptes de l’État. L’idée de taxer cette épargne afin de d’orienter cette manne vers la relance devient de plus en plus tentante.

Une épargne des plus riches

Le débat sur l’utilisation de cette épargne est d’autant plus ambigu qu’elle révèle une forte inégalité. Une étude du Conseil d’analyse économique a montré en effet que 70 % de cette épargne provenait des 20 % des ménages ayant les revenus les plus hauts. Parallèlement, au cours de la même période, 10% des ménages les plus modestes se sont endettés plus qu’ils n’ont réussi à épargner.
Comment faire en sorte que les Français utilisent cette épargne dite « Covid » de manière différente ? Comment les convaincre ou les forcer ? Ce dernier point est clairement soumis à débat dans les rangs du pouvoir. Si nous ne consommons pas ou n’investissons pas dans les entreprises, le gouvernement ira-t-il jusqu’à recourir à des moyens coercitifs, comme taxer cette abondante épargne des plus riches ? La question a toujours été délicate en France, même si elle a toujours fait partie des propositions des programmes de la gauche.

Orienter l’épargne : mais comment ?

Si l’idée d’utiliser ce pactole est présente dans toutes les classes politiques, le moyen de capter cette richesse est plus délicat. Plusieurs options sont sur la table. La crise du Covid-19 a ravivé les discussions autour du bien-fondé de l’Impôt de solidarité sur la fortune, que le Parti Socialiste considère comme un levier essentiel de la contribution des plus riches à l’économie. Pourtant, le gouvernement n’a eu de cesse de le répéter tout au long de l’année 2020 : il n’est pas question de compenser le coût du plan de relance par une augmentation des taxes. Le Ministre de l’Economie Bruno Le Maire l’a martelé dès le début de la crise : « c’est le retour de la croissance qui nous permettra sur le long terme de nous débarrasser de cette dette ». Aujourd’hui, les choses ont-elles changées ? Peut-être. Ce qui fait débat actuellement c’est le financement de la croissance. Comment faire en sorte que l’épargne soit réorientée vers les entreprises ? Comment pousser les Français à consommer, à casser leur bas de laine ?

Taxer l’épargne des plus riches ?

Il faut reconnaître que taxer l’épargne des plus aisés n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Taxer l’épargne Covid rencontrerait ainsi les mêmes écueils que l’ISF. D’autant que la tranche de la population visée contribue déjà fortement aux recettes fiscales de l’État. Anne-Sophie Alsif, la cheffe économiste du Bureau d’informations et de prévisions économiques (Bipe), l’a récemment résumé : « Si vous prenez tous les impôts directs, l’impôt sur le revenu, la taxe foncière, la taxe d’habituation, l’impôt sur la succession, l’impôt sur la fortune immobilière, etc.., vous arrivez au résultat suivant: les 10% les plus riches payent plus de 50% de l’assiette de l’impôt direct en France ».
Récemment, Louis Gallois, ancien président du conseil de surveillance de PSA, a plaidé pour la mise en place temporaire, « pendant deux ans par exemple », d’un impôt de solidarité sur les plus aisés, une imposition provisoirement renforcée «sur les tranches les plus élevées» de l’impôt sur le revenu. Mais dans l’hypothèse ou cette solution était retenue, qui serait concerné ? Où va-t-on placer la barre de la catégorie des « plus riches » ?

Convaincre ou forcer ?

La question du comment reste sans solution. Faut-il recourir à des moyens coercitifs, comme taxer cette abondante épargne des plus riches ? Pour certains économistes, cela serait probablement la solution du pire, capable de casser la confiance des Français qui, en l’espace d’un an, ont mis de côté autant que l’État a dépensé pour soutenir l’économie face à la pandémie. Comment faire en sorte que les Français utilisent cette épargne dite « Covid » de manière différente ? Pour Valérie Plagnon, présidente du Cercle des Epargnants, il faudrait arrêter de « considérer l’épargne des Français comme une cagnotte dans laquelle piocher ». Il est vrai que si les épargnants se montrent aussi attentistes et prudent avec leur épargne, c’est à cause de l’incertitude sur l’avenir. Alors quelle est la solution ? Taxer tous les livrets dont la rémunération est déjà au ras du plancher ? Cela consisterait à revenir sur un blocage quasi-idéologique.

Et si la solution s’imposait naturellement ? Pour certains, l’épargne forcée finira de toute façon par être dépensée et donc par accroître la consommation, dès que la situation économique s’améliorera. La solution serait donc de ne rien faire ? Là encore, le choix sera difficile. D’autant que selon les prévisionnistes, l’année 2021 sera encore marquée par la pandémie, au moins jusqu’au début du second semestre pour les plus optimistes, jusqu’à la fin de l’année pour les autres.

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