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La zone euro va-t-elle exploser ?

Que va-t-il advenir de la zone euro ? Dans le contexte économique compliqué que nous connaissons, la monnaie européenne connaît un accès de faiblesse inédit jusqu’à présent.

Au moment où nous écrivons ces lignes, elle s’affichait à 0.98 dollar, soit sous la parité avec la devise américaine. Un seuil qu’elle a franchi pour la première fois de son histoire le 2 septembre dernier (à 0,99 dollar).

De quoi cette chute est-elle le nom ? Ces soubresauts sont-ils la seule conséquence de la crise économique que nous traversons ou le signe d’un mal plus profond ?

La zone euro au défi de l’inflation

D’un point de vue conjoncturel, la baisse de l’euro contribue incontestablement à alimenter l’inflation, le prix de l’énergie (pétrole, gaz) étant facturé en dollars, devise qui ne cesse de s’apprécier par rapport à la monnaie européenne. Un euro faible n’arrange donc en rien la situation actuelle caractérisée par une hausse des prix vertigineuse (9,1 % sur an pour l’ensemble de la zone euro), même si la faiblesse de la devise européenne dope, en revanche, les exportations.

D’autre part, il est bien évident que le retard pris par la Banque centrale européenne dans le resserrement de sa politique monétaire a également joué un rôle dans les contreperformances que l’euro enregistre aujourd’hui.

Alors que la Fed entamait une première hausse des taux dès mars dernier dans le but de contrer l’inflation, il aura failli attendre le mois de juillet (soit 4 mois après) pour qu’une Banque centrale européenne, qualifiée d’hésitante, en face de même.

De quoi alimenter la défiance des marchés et les faire courir vers un dollar bien mieux rémunéré. Une situation qu’une nouvelle hausse conséquente de ¾ de points effectuée début septembre par le BCE n’aura pas permis de corriger.

Faiblesse structurelle

A vrai dire, la zone euro n’avait pas vraiment besoin de cela. La devise européenne a 20 ans, mais sa légitimité et sa possible disparition reviennent régulièrement sur la table. Particulièrement lors de chaque crise. La question de sa disparition possible est presque devenue un marronnier. On pourrait en sourire, après tout la monnaie européenne est toujours vivante. Mais elle peut aussi inquiéter tant elle montre que sa fragilité est également, peut-être, d’origine structurelle.

La construction de la zone euro est le fruit de la volonté politique de plusieurs Etats. Première dans l’histoire monétaire, sa monnaie est gérée par plusieurs banques centrales. Elles ont beau être indépendantes, elles sont également le reflet d’une culture particulière et doit faire face du point de vue intérieur à des situations différentes : l’économie de l’Italie n’est pas celle de la Finlande qui n’est pas celle de l’Allemagne qui n’est pas celle de Chypre qui n’est pas celle de la France…

Prenons l’exemple de la délicate question des dettes souveraines. Un pays fortement endetté comme l’Italie a, par essence, beaucoup plus de mal à s’accommoder d’une hausse des taux qu’un pays garant de l’orthodoxie monétaire comme l’Allemagne.

Cela explique pourquoi la banque centrale italienne, sans combattre la nécessité de remonter les taux, a toutefois adopté la voix de la colombe en militant pour une hausse très graduée (contrairement au voisin allemand). En effet, l’Italie craint pour le remboursement de sa dette (qui grimpe avec l’augmentation des taux d’intérêt).

Vers une recomposition

Cet écart de situation entre les différents pays de la zone euro fait craindre, au final, une fragmentation de cette dernière, qui pourrait être à l’origine de sa disparition, certains Etats ne pouvant plus faire face à leurs engagements.

Bien sûr, on n’en est pas encore là. Toutefois, la menace est prise au sérieux. C’est pourquoi la BCE a mis au point une arme anti–fragmentation sous la forme d’un nouveau programme d’achats d’obligations des Etats membres. Elle ne sera dégainée qu’à condition que les pays éventuellement bénéficiaires poursuivent une politique économique saine.
Finalement, l’Europe aura construit la zone euro sans aller jusqu’au bout de la logique : une convergence totale des politiques budgétaires et fiscales des Etats qui la composent.

Aujourd’hui, des spécialistes de la question, comme l’économiste Marc Touati, prédise une disparition de la zone euro telle que nous la connaissons d’ici la fin 2023. Pour ce dernier, il ne s’agit pas de la fin de l’euro mais de « l’avènement d’une zone monétaire plus restreinte, avec une vraie intégration, une véritable union fédérale, des règles strictes et une entraide à toute épreuve ».

A méditer…

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