Parmi les instruments les plus emblématiques, les livrets réglementés conservent une place prépondérante dans le portefeuille des épargnants français. Le Livret A et le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) sont actuellement rémunérés à 3 %, un taux fixé administrativement et gelé jusqu’en janvier 2025. Cette stabilité offre une rare visibilité sur un horizon de court terme, bien que leur rendement réel soit érodé en cas de retour rapide de l’inflation. Quant au Livret d’Épargne Populaire (LEP), réservé aux ménages modestes, il continue d’offrir un taux de 4 %, très attractif, mais cette performance pourrait être révisée à la baisse dès février prochain pour se situer aux alentours de 3,25 à 3,5 %, selon l’évolution de l’indice des prix.
En parallèle des produits réglementés, de nombreuses banques en ligne et établissements spécialisés rivalisent d’ingéniosité pour capter les flux d’épargne à travers des comptes non réglementés assortis d’offres promotionnelles. Plusieurs acteurs tels que Cashbee, Distingo ou Renault Bank proposent ainsi des taux de 4 % sur des durées limitées, généralement de deux à trois mois. Ces taux promotionnels visent à séduire les nouveaux clients, mais ils cèdent ensuite la place à des taux standards plus bas, oscillant entre 2,25 et 2,75 % selon les établissements. Cette stratégie commerciale repose sur l’hypothèse que les clients ne déplacent pas immédiatement leurs fonds après la période initiale.
Les comptes à terme connaissent également un regain d’intérêt. Ces produits permettent de verrouiller un taux fixe pendant une durée déterminée, le plus souvent de dix à douze mois. Cette sécurisation du rendement constitue une réponse pertinente à l’anticipation de la baisse continue des taux. Par exemple, Distingo propose 2,9 % sur dix mois et 3 % sur un an, tandis que BoursoBank se positionne à 2,75 % sur douze mois. Il est cependant essentiel de rappeler que ces produits manquent de liquidité : toute sortie anticipée engendre des pénalités, ce qui les rend inadaptés aux besoins de trésorerie imprévus.
Enfin, les fonds monétaires suscitent un intérêt renouvelé. Longtemps considérés comme peu performants, ils bénéficient aujourd’hui de la remontée des taux courts, avec une performance annuelle moyenne proche de 4 % sur les douze derniers mois. Ces véhicules d’investissement, très liquides, offrent une alternative intéressante, en particulier pour les investisseurs institutionnels ou les ménages disposant d’une épargne temporairement disponible. Leur rendement reste néanmoins dépendant de l’Ester, le taux interbancaire au jour le jour de la zone euro, qui lui-même suit de près les décisions de la BCE. À mesure que celle-ci abaisse ses taux, le rendement des fonds monétaires devrait également se contracter.
D’un point de vue stratégique, les épargnants disposent encore de quelques mois pour optimiser leur allocation de liquidités avant que la baisse des taux ne se généralise. Il est conseillé de conserver un matelas de sécurité représentant entre trois et six mois de dépenses courantes sur des supports à liquidité immédiate comme le Livret A ou le LDDS. Les sommes excédentaires peuvent ensuite être orientées vers des solutions plus dynamiques à court terme, comme les livrets promotionnels ou les comptes à terme, afin de capter des taux encore attractifs. Enfin, une fraction de l’épargne peut être placée sur des fonds monétaires, à condition d’anticiper la baisse progressive de leur rendement.
Ainsi, dans une conjoncture où les rendements garantis sont appelés à se contracter, la gestion de trésorerie exige anticipation, agilité et réactivité. L’épargnant avisé peut encore tirer parti d’une fenêtre d’opportunité limitée pour consolider ses rendements à court terme tout en préservant une flexibilité d’allocation face aux évolutions monétaires à venir.






